
Plutôt que de revenir sur ma vie, je préfère insister sur une chose importante : je suis aimé. Dieu compte sur moi pour sa joie. Il m’a choisi pour sa joie. La seule chose qui compte, c’est que nous sommes là pour la joie de Dieu. C’est une réalité que l’on oublie trop souvent… Il y a quelque temps, je me disais souvent : ‘Pauv’ type !’ car je pensais avoir raté ceci, ou cela, ou avoir mal parlé, mal compris… Mais c’est une tentation du malin. Maintenant, j’ai changé, je me dis simplement ‘joie’. Ah, si je pouvais être sa joie !
J’attends le paradis où nous serons beaucoup plus heureux qu’ici. Nous y sommes attendus à bras ouverts ! J’ai vécu 60 ans à Tamié (dont 4 ans en Afrique) et je ne regrette rien, pas même mes fautes !
Dieu est heureux de ma venue au monde. Il sera heureux quand il me verra près de lui. Il ne lui manque qu’une chose : ma joie. […]
Écris dans ton interview que je suis toujours joyeux dans l’espérance, comme le dit saint Paul, c’est la formulation la plus juste au fond. Car c’est vrai, il y a des jours où ça ne va pas. Je suis inquiet pour mes oreilles qui entendent mal, il y a les tracasseries de la vie… La grande tentation, c’est le doute.
Quand je parle de la joie, je te parle de la vraie joie, la joie profonde, pas des petites joies superficielles : la joie est un combat. Je connais des moments de cafards terribles… En ce cas, il ne faut pas rester seul. Faire une petite prière à l’église, aller à la rencontre du Saint Sacrement. Il en sera heureux. Dans la confession, je reçois le pardon et la grâce de Jésus. Je pense à ce vieil homme de l’église d’Ars, qui disait : « je l’avise et il m’avise. » C’est tout ce qui est nécessaire.
Hier et ce matin, j’en avais assez. Je n’avais envie de rien, sauf de me coucher ! Je n’avais pas envie de prier ! Le démon de la tristesse n’est pas loin. J’ai prié la Vierge, j’attends que cela passe. Pourtant, on m’appelle le père « la joie », ou « frère joyeux » ; mais il y a une tempête en moi, et je ne sais pourquoi.
Pourtant, je crois que Dieu nous a créés pour sa joie. Je prie Marie « cause de notre joie » ; je lui confie mon désir d’être cause de sa joie, pour qu’elle en fasse plusieurs parts : je désire être la joie de Dieu, de Marie et de l’univers entier. Et je ne l’ai pas, pour le moment.
Retiens cela : quoi que tu fasses, tu es sa joie. Mon programme, c’est la joie.